Pour en finir avec ce voyage, voici la page copiée depuis mon carnet de voyage relatant le passage de la frontière entre le Laos et le Vietnam. Ce jour là, j'ai considéré que notre voyage en Indochine était terminé, même si nous avons trainé encore une semaine en Thaïlande. Mais la Thaïlande ne fait pas partie de l'Indochine.

                "(....) Le bus passe le grand pont qui enjambe le Mékong. C’est bien la dernière fois qu’on aperçoit ce fleuve, du moins au cours de ce voyage. Déjà, on imagine l’occasion qui fera qu’on le verra à nouveau. Peut-être si un jour nous allons à sa source, dans l’Himalaya. Nous n’envisageons pas revenir de si tôt en Indochine.

                  En effet, ce voyage est presque bouclé même si il nous reste encore une semaine avant de reprendre l’avion pour la France. J’ai retrouvé ces pays que j’aimais tant. J’ai été ravi de voyager comme on vient de le faire. Mais j’estime que çà y est, c’est fini pour cette région du monde. J’ai réalisé ce rêve d’enfance, ce retour dans ce que je considérais comme ma deuxième patrie, le Cambodge. Ce désir est accompli et je n’ai plus envie réellement d’y revenir.

                Alors que la campagne laotienne défile sous mes yeux pour la dernière fois, je me dis que je vais regretter le spectacle des buffles dans les rizières, mais que je peux en voir ailleurs, en Indonésie par exemple où on compte retourner. Mais ici, même si on n’a pas été partout, on se dit que l’on a vu l’essentiel. Bien sûr, il faudrait là aussi revenir pour aller dans la Chaîne des Eléphants au Cambodge, tourner un peu plus au Nord Vietnam du côté de la frontière chinoise avec un meilleur temps que celui qu’on a eu, remonter et descendre d’autres fleuves au Laos. Mais en aurons-nous le temps étant donné l’immensité du Monde encore à découvrir ? Non, je quitte cette région du monde sans trop de regret et c’est très bien ainsi.

             Nous avons apprécié chacun des trois pays à leur façon.

           J’avais une préférence pour le Cambodge du fait des relations privilégiées que j’ai entretenues pendant 50 ans avec sa population. Mais il a perdu une partie de son authenticité et je crains qu’il ne la perde encore plus avec le développement économique et touristique effréné.

             Du Vietnam nous gardons une image plutôt sombre et triste, à tord sans doute car, quand on fait le bilan, on reconnait avoir rencontré des gens aussi sympathiques que dans les pays voisins même si les sourires et les paroles agréables sont rares et que les arnaques en tout genre épargnent peu de voyageurs. De plus, nous sommes restés avec le souvenir d’un ciel gris et bas dans toute la région du nord de l’Annam et du Tonkin. Cela n’a pas arrangé les choses.

               Le Laos est lumineux, paisible et les paysages sont encore relativement préservés. Mais pour encore combien de temps ? Les Chinois, Coréens, Japonais sont à l’affût et même déjà sur place pour en exploiter les richesses sans se soucier un seul instant de l’impact écologique.

C’est peut-être l’impression qui domine, ce sentiment que la nature, la vraie, ce qui en reste tout au moins, n’a qu’à bien se tenir. Ses jours sont comptés. Partout, tout est transformé. Les paysages sont bouleversés, les montagnes présentent de terribles cicatrices, les animaux sauvages ont disparu, La pression démographique est terrible. Ces pays sont en chantiers permanents, principalement le Vietnam, un peu plus, et de plus en plus, le Cambodge, et dans une moindre mesure le Laos où ils ne sont que 7 millions d’habitants contre 13 au Cambodge et …. 87 au Vietnam !

               Mais que faire ? Chacun se bat pour vivre, survivre, accéder à plus de richesse, plus de confort. Ils n’ont pas acquis encore cette notion de préservation de l’environnement pour eux-mêmes et les générations qui viennent. Est-ce d’ailleurs réellement acquis en France même ? Ne faut-il pas taper au portefeuille pour faire entendre raison à ceux qui ne veulent rien voir ? Eux, ils viennent juste de découvrir la société de consommation et ils s’y jettent à bras perdus. Le symbole même est l’utilisation de ces sacs plastiques jetés partout dans les villes, les campagnes. C’est une catastrophe. Je sais ces gens là intelligents et réactifs. Je leur souhaite une prise de conscience rapide.

              C’est en pensant à tout cela que nous approchons de la frontière de la Thaïlande. On descend tous du bus et allons présenter nos passeports aux douaniers laotiens. Quand arrive notre tour, les fonctionnaires derrière leur vitre nous réclament à Cécile et moi, 10 dollars chacun. On s’étonne et on demande à d’autres étrangers si ils ont payé quelque chose car on s’attend à tout avec les douaniers… Non, il n’y a rien à payer !

              Les types derrière leur guichet se passent nos passeports. Si, si, il y a 10 dollars à payer !! On demande pourquoi. L’un des douaniers nous montre le tampon appliqué sur nos passeports : « 17 janvier-15 février ». On aurait dû passer la frontière hier ! On est resté un jour de trop au Laos et on a donc à payer 10 dollars par jour supplémentaire. Et nous qui pensions sortir du Laos un jour trop tôt. Finalement, elle nous aura coûté chère cette journée du 15 février au Laos, pour pas grand-chose. Cécile enrage encore plus que moi et elle rouspète en disant que le visa était d’un mois ! Oui, mais un mois, ce n’est pas 30 jours !

             Les douaniers ne cherchent même pas à discuter. Ils ont rangé nos passeports dans un coin et nous demandent de dégager du guichet pour laisser passer les autres. Bref, nous n’avons pas d’autres choix que de payer les 20 dollars. Nous sommes furieux après les Laotiens qui nous laissent ainsi une mauvaise impression du pays. Mais, là encore, il faut vite rectifier le tir. Nous avons en face de nous des fonctionnaires véreux comme il y en a partout à travers le monde et spécialement dans ces pays et spécialement au passage des frontières. Notre tord est de n’avoir pas vérifié le coup de tampon des Laotiens à la frontière vietnamienne. Il n’y avait pas eu de problème au Cambodge puisque c’était du 20 novembre au 20 décembre, pas de problème au Vietnam du 20 décembre au 20 janvier. On avait passé la frontière le 17 janvier et, tout innocemment, on a cru que cela allait du 17 janvier au 17 février… Et bien non ! 30 jours, je le répète, ce n’est pas un mois…. !! Cécile compte et recompte les jours et elle n’arrive pas à en être convaincue. J’ai beau lui expliquer que même si on avait passé la frontière le 17 janvier à 23 h 55, ce 17 janvier aurait été compté comme un jour plein !!

              Bref, on paye, on récupère nos passeports avec beaucoup de retard en espérant que le bus nous a attendu et on file en courant vers la Thaïlande en disant que les Laotiens sont des salauds, des voleurs et des profiteurs, car on ne doit pas être les seuls ni les premiers à nous faire avoir de la sorte. Encore une bonne façon de faire rentrer de l’argent sans trop d’effort. Une leçon aussi pour nous : Toujours bien vérifier les coups de tampon sur les passeports !!

               Nous sommes les derniers de la queue devant les guichets thaïlandais, mais les autres passagers sont là. Ouf ! En fait, je dois repartir en vitesse vers le Laos car j’ai encore sur moi pas mal de kips laotiens et je vais vite les changer dans une banque côté lao car côté thaï personne ne voudra de mes kips. Une vraie panique ce passage de frontière avec mon casque nord vietnamien sur la tête qui me tombe sur le visage dans ma précipitation. On se rappellera de ce passage de frontière !

                 Çà y est, nous avons quitté l’Indochine. Nous voici en Thaïlande. Je considère ce voyage terminé même si nous sommes encore pour une semaine en Extrême Orient. Nous allons rejoindre l’île de Koh Chang pour quelques jours avant de retourner à Bangkok et prendre l’avion pour Paris."